





















Green Sentinel : les jardins suspendus de la place bellecour
Présentation
Pour ce projet de végétalisation, j’ai tenté de proposer une architecture à même de ne pas dénaturer un site profondément urbain et inscrit dans une histoire pluricentenaire. Cette architecture doit être fondamentalement un moyen de défendre le vivre en ville, en acceptant l’histoire des lieux, ainsi que leurs charges symboliques et affectives. Cette architecture doit être organisée comme un dispositif optique et spatial au service de la composition urbaine globale.
La végétalisation doit par conséquent être organisée autour de motifs géométriques simples et radicaux déjà présents sur le site. Il ne s’agit pas ici de proposer une autre lecture de la place Bellecour, mais plutôt de la compléter grâce à un projet architectonique générant ombre et fraîcheur.
La place Bellecour telle que nous la connaissons aujourd’hui a été principalement réalisée par l’architecte Robert de Cotte en 1713 en tant que place royale. Elle a néanmoins gardé sa structure de places d’armes de par sa géométrie et de par sa surface. Il s’agit d’une des plus grandes places d’Europe couvrant une superficie de 5.23 hectares. Le dessin de ce projet de végétalisation se doit par conséquent de respecter l’idéal de rationalité qui a inspiré le dessin original de cette place.
J’ai par conséquent travaillé avec une symétrie axiale en répétant l’axe rue Victor Hugo rue de la république traçant une diagonale sur la partie Rhône de la place Bellecour. Ce qui me permet de générer un axe rue Victor Hugo vieux Lyon.
Deux axes orthogonaux sont également dessinés, ceux-ci sont organisés avec pour centre la statue équestre de Louis XIV. Le dessin ainsi proposé reste simple, géométriquement construit et inspiré par l’existant. La moitié Rhône de la place Bellecour n’est pas concernée par les dispositifs, car celle-ci étant en pleine terre, elle permet de déployer des architectures temporaires telles que des manifestations sportives, des organisations culturelle ou politique, la fameuse grande roue ou encore un marché de Noël. L’organisation spatiale du dispositif architectural s’organise également par la disposition de bancs végétaliser permettant de cerner le site tout en proposant des espaces plus intimes.
La difficulté technique est de proposer une végétalisation sans pouvoir planter d’arbres. En effet la moitié Saône de la place Bellecour est occupée par un parking souterrain. Celui-ci est peu enterré, ainsi le radier formant le toit de celui-ci correspond à la surface de la place elle-même. La solution consiste à utiliser les murs porteurs du parking lui-même afin de faire reposer à la verticale de ceux-ci les ombrières. Il s’agit ici de créer des ombrières à même de créer suffisamment de confort pour pouvoir rendre cet immense espace minéral agréable même sous des températures estivales, c’est ce qui détermine la création d’ombrières végétaliser. La végétation générant de l’ombre et de l’humidité, sans dispositif technique complexe et fragile, le tout de façon résiliente et pérenne. Le dispositif architectural ainsi déployé doit respecter l’échelle du site, les ombrières forment d’imposantes canopées végétales de 6,50 m de haut pour 8,50 m de diamètre. Elles sont de forme carrée afin de ne pas proposer une imitation maladroite du vivant, mais plutôt de rester dans une modélisation respectueuse de cette pensée rationnelle ayant donné la forme que nous connaissons à la place Bellecour. La hauteur confortable de ces jardins suspendus permet au regard d’embrasser l’intégralité du site. Le dispositif permet par conséquent de ne pas dénaturer les qualités optiques et spatiales de cet endroit prestigieux. Enfin le dispositif peut être agrémenté de grandes jardinières venant se glisser entre les canopées afin de proposer une végétalisation au niveau du sol et ainsi définir une véritable promenade architecturale.
La matérialité des canopées végétales se doit également de respecter le site. Le socle et la base du tronc sont constitués des mêmes pierres employées pour la construction des immeubles cernant la place c’est-à-dire des pierres de Lucenay appelé également calcaire à gryphées. La partie supérieure du tronc dispose de bacs en inox, qui dans leur matérialité même propose une lisibilité de la réalité structurelle de l’ouvrage. Celui-ci est en effet creux et organisé sur une structure en inox. Ce type de construction légère et solide permet de déployer dans sa base une réserve d’eau et dans son tronc une verticalisation du sol. Le sommet est organisé autour des structures porteuses en inox et des lambris en bois supportant la végétation. Ces trois types de matériaux expriment les trois axes de la pensée architectonique organisant la réalisation de ces canopées. La base est en pierre comme le site l’impose, la partie supérieure métallique donne à voir la réalité technique et contemporaine de l’ouvrage. Et enfin la partie au sommet est au contact du végétal, donc elle reprend le bois comme lien entre le vivant et l’inerte.
Ce sol vertical permet d’employer des végétaux de type liane tel que le chèvrefeuille le jasmin étoilé ou encore la clématite. L’emploi de ce type de plantes permet par conséquent d’économiser 50 % d’eau en comparaison avec la plantation d’un arbre. La croissance rapide de ces végétaux permet de recouvrir l’intégralité de la canopée sur une durée de cinq ans. Alors qu’il en faudrait plus de 30 à un arbre pour atteindre une telle surface.
La présence du parking souterrain rendait impossible la création d’un dispositif de type coulée verte ou encore la transformation en parc d’agrément. Cette problématique a paradoxalement permis de protéger le site comme place urbaine et ainsi a permis de ne pas le dénaturer en voulant le transformer en jardin. Cet espace nu de couleur rouge orangé donne la caractéristique la plus reconnaissable de la place Bellecour. Le dispositif de végétalisation organisée autour des canopées permet de déployer des jardins suspendus à même de créer de nouveaux usages pour cette place iconique.
